Mazen Kiwan : Le tango m’a appris l’attente du moment parfait

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Discret et talentueux, celui qui a lancé le tango au Liban et constitué une communauté d’aficionados n’a pas eu l’itinéraire d’un enfant gâté. Portrait d’un danseur passionné, à froid.

On s’en souvient membre du jury dans l’émission à grand succès Dancing with the Stars, pour ses interventions mais également pour sa barbichette nattée qui a déclenché des tempêtes entre pro et anti. Depuis quelque temps, Mazen Kiwan a changé de look. Il s’est fait couper les cheveux et une partie de la barbe, qui lui rappelait l’Égypte des Pharaons.

Lors d’une conférence de presse la semaine dernière, le chorégraphe et danseur de tango le plus connu du Liban a annoncé la dixième édition du Festival international de tango de Beyrouth. Un événement qu’il a lancé alors qu’il habitait encore la France, et qui est devenu une institution.

C’est à Paris où il a résidé dès 1995 pour suivre des cours à l’Institut pédagogique d’art chorégraphique qu’il a découvert cette danse toute en sensualité et en grâce.

« La France m’a appris l’humilité. Quand je suis arrivé à Paris, j’étais premier danseur chez Caracalla. Et puis, j’ai découvert mon niveau… J’avais à travailler énormément sur moi-même pour progresser parmi les danseurs européens », confie-t-il.

Né à Bater, dans le caza du Chouf, Mazen Kiwan, qui aimait cet art depuis tout petit, a rejoint la troupe de Caracalla en 1990 à 17 ans. « J’avais 22 ans quand je suis arrivé à Paris. Que de fois au début de mon séjour parisien je quittais des auditions avant de danser parce que je voyais la performance des danseurs qui m’avaient précédé, poursuit-il. J’avais le choix entre rentrer au Liban et vivre dans le déni en prétendant que je suis un grand danseur, ou rester en France et travailler », ajoute-t-il, fier de son parcours. En véritable bûcheur, il opte en toute humilité pour la solution difficile et reste dans la Ville-Lumière où il progresse petit à petit et découvre le tango. « Cet intérêt nouveau s’est fait à travers la musique, surtout celle d’Astor Piazzola et d’Osvaldo Pugliese », se souvient-il. Il assiste à des spectacles, prend part à des milongas, ces soirées où l’on danse le tango, et apprend les bases de la danse dès 1997, deux ans après son arrivée à Paris, dans un studio de Saint Cloud.

Les choses s’accélèrent en 1999 quand il devient l’assistant, l’espace d’un atelier de travail, du danseur et professeur argentin Gustavo Naveira, qui a surtout travaillé sur la structure des mouvements de la célèbre danse argentine. « À la fin du workshop, les danseurs qui y participaient m’ont demandé si je pouvais leur faire répéter les chorégraphies afin qu’ils ne les oublient pas. J’ai participé avec eux au paiement de la location du studio et je me suis acquitté de la tâche gratuitement. Moi aussi, je voulais danser pour ne pas oublier ! »

Petit à petit, d’autres danseurs entrent dans la danse pour apprendre le tango. Mazen Kiwan loue ainsi à l’heure un studio et commence à gagner un peu d’argent avec cette passion devenue un métier, animé par un goût du partage. Il se rendra à plusieurs reprises en Argentine, avant de retrouver une première fois le Liban en 2002. « Je suis venu en vacances avec mes élèves de différentes nationalités européennes pour danser et leur faire découvrir le pays », raconte-t-il. C’est ainsi qu’est née l’idée du Festival international de tango au Liban, qu’il a lancé il y a tout juste dix ans, en 2009, et qui mobilise, depuis, de plus en plus de danseurs et d’inconditionnels venus du monde entier.

Durant son séjour parisien, Mazen Kiwan a également travaillé au théâtre avec l’actrice et metteuse en scène franco-britannique Irina Brook. Il sera même le chorégraphe de sa pièce Résonance pour laquelle elle avait notamment reçu un Molière et le trophée de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques pour les nouveaux talents. En 2004, il figure dansant un tango dans une séquence du film La demoiselle d’honneur de Claude Chabrol. Le danseur et chorégraphe qui parle du choc culturel qu’il a vécu en arrivant à Paris confie sans complexe qu’avant le film, il ne connaissait même pas l’importance du réalisateur dans le cinéma français.

Mazen Kiwan viendra presque chaque année au Liban pour le festival, jusqu’en 2013, où il figure parmi les membres du jury du programme Dancing with the Stars. « Pour le programme, je faisais tous les week-ends des allers-retours Paris-Beyrouth et j’habitais à l’hôtel », dit-il.

C’est à la deuxième saison du programme qu’il décide de s’installer définitivement au pays et d’ouvrir un studio à Badaro qu’il baptise The Academy.

« De nombreux Libanais manquent de sérieux et de discipline. Ils ont aussi le souffle court. Ils pensent que tout devrait leur venir facilement, or ce n’est pas le cas avec la danse. Ils veulent accéder à tout rapidement », dit-il. « Le tango m’a appris l’attente. C’est en fait une éducation à l’attente, celle par exemple du moment parfait. C’est la danse de l’harmonie entre un homme et une femme où chacun des partenaires est entier. Ils dansent pour devenir un », estime-t-il, ajoutant que « le tango est la danse qui éternise en mouvement l’instant présent grâce à l’harmonie entre le couple de danseurs. Tout s’efface. Seule cette union formée par leurs deux corps existe ».

Le 11/4/2019

Byblos Tango Festival 2019 !

Patricia Khoder

Lien vers l’article de l’Orient Le Jour.

 Lien vers l’évènement du Byblos Tango Festival 2019.

Lien vers le site de l’organisateur Tango Lebanon pour l’inscription.