L’étreinte du tango

 

Le tango ne se raconte pas. Il se vit. Cette danse assez méconnue par le passé, a pris ses racines sur les rives du Rio de la Plata, dans les faubourgs de Buenos Aires (Argentine) et de Montevideo (Uruguay) à la fin du XIXème siècle. Et a connu, depuis, un essor considérable dans tous les coins du monde. Il y a cette appartenance à une grande famille multiculturelle, d’horizons multiples au sein de laquelle on parle simplement un même langage, celui de l’émotion.

Débarquer à Lisbonne, Madrid, Rome ou Buenos Aires, poser ses valises et se laisser guider naturellement dans la ville par les amis tangueros. Un cercle d’amitié qui s’élargit et qui enrichit.

On se retrouve dans les milongas, bals de tango, où on s’invite avec le regard, cabeceo, pour respecter les codes traditionnels et l’éthique qui les accompagne.

 

Chacun des 2 partenaires est à l’écoute de l’autre, de la musique et même des silences. La tanda composée de 3 tangos est un court moment de 10 minutes mais reste une expérience imprévisible dont le mot clef est la connexion: À soi-même, à l’autre et aux sons du bandonéon.

Du tango on connait la musique langoureuse, le parfum de mélancolie et la poésie. Mais aussi, une forme de méditation qui mène au bien-être. Suite à des études dont celle publiée par la bibliothèque nationale de médecine des USA, les scientifiques confirment que le tango argentin réduit l’anxiété, le stress et la dépression et augmente les capacités cognitives. Aujourdui cette danse est même utilisée comme thérapie pour freiner l’évolution de la maladie de Parkinson. Certes, elle détend et déconnecte comme les autres danses mais la similitude s’arrête là. Le tango est intense, intimiste et d’une sensibilité inouïe. Embrasser le tango et la vie ne sera plus ordinaire. Elle s’habillera de passion et de magie.

Danièle Henoud

On n’arrête pas une Beyrouth qui danse

Ce que nos jours doivent à leurs nuits… Une nuit entière de fête, du crépuscule à l’aube, tous les mois : les insomniaques de Beyrouth ont investi le Backdoor de Mar Mikhaël à l’initiative du Beirut Groove Collective, de neuf heures du soir, le samedi 11 juin, à dimanche 12 au matin, dans une fiévreuse et touchante décadanse. Ils se retrouveront le 6 août prochain sur les toits du Beirut Art Center, pour une nouvelle nuit blanche, ouverte à tous. Récit d’une nuit presque comme les autres.

Samedi 11 juin, 19h00, Mar Mikhaïl : dans l’allée étroite menant au Backdoor se réunissent peu à peu les insouciants qui s’apprêtent à partir dans un voyage au bout de la nuit, des valises sous les yeux. Cœurs à prendre, cœurs brisés, en quête de sensations ou de fuite, heureux et mélancoliques, de Beyrouth ou d’ailleurs, jeunes, moins jeunes, insomniaques et rêveurs. Avec un seul désir : danser, toute la nuit et jusqu’au matin, dans le bunker souterrain du Backdoor. C’est le Beirut Groove Collective qui organise les transes : elles sont fédératrices et gratuites. « Notre concept est simple : une nuit blanche gratuite par mois, parce que les fêtes à Beyrouth sont chères et inaccessibles. Nous voulons partager notre musique avec tous », confient les organisateurs du collectif, formé depuis plus de sept ans.

Les lieux qu’ils investissent témoignent de cette volonté d’appropriation de l’espace urbain saturé à Beyrouth : lieux culturels, galeries alternatives, hangars abandonnés. Il s’agit pour eux de faire vivre et d’incarner l’héritage des musiques d’influences africaines proches ou lointaines. Maniés par DJ Yukah, Brother Jackson et Natalie Shooter, les vinyles jazz, blues, soul, funk, R&B et hip-hop animent la piste noire de cette nuit blanche. C’est à 21h00 que la foule disparate se lance à cœur et corps perdus dans ce marathon insomniaque. De nouveaux enfants de la nuit viennent peu à peu rejoindre les rangs de ces rêveurs qui ne ferment jamais les yeux. Tous dansent, pour s’échapper ou résister, s’oublier ou se souvenir, jusqu’à en dormir debout. À minuit, ils ne font plus qu’un avec la ville ; leurs cœurs battent au même rythme que celui des artères désertes de la capitale. Beyrouth, capitale des rêveurs frénétiques, des danseurs chroniques, de tous les extatiques qui aiment trop la lune pour avoir peur de la nuit.

Les heures s’écoulent jusqu’à l’aube dans une transe électrique et suspendue. Serait-il possible que le matin ne vienne jamais ? Chacun d’entre eux lève les bras comme s’il était, seul au monde, chargé de rallumer les étoiles. La voix rauque de Lou Pride s’éteint sur les platines : « All alone, I am coming home in the morning. »

Puis, en quête d’air frais happé à pleins poumons, ils sortent quelques secondes pour respirer et observent, à leur grande surprise, le ciel se teinter d’éclats fauves. C’est le matin, qui traîne dans l’air ses cendres, témoins volatils de la braise de la nuit. Tous sont épuisés, étourdis, ravis. L’un d’entre eux brise sourdement le silence : « On a dansé huit heures… merde. » Les yeux hagards, le sourire aux lèvres, les cheveux ébouriffés, le mascara qui coule et les pieds qui brûlent, les somnambules se séparent enfin, avec, dans les yeux et les jambes, la fierté et la mélancolie du devoir accompli. Ils recommenceront le mois prochain. Leurs nuits sont la preuve que le jour ne suffit pas.

Mira TFAILY L’Orient Le Jour

https://www.lorientlejour.com/article/991431/on-narrete-pas-une-beyrouth-qui-danse.html?fbclid=IwAR1uf2GStNDxOfXwkS0a3sX6EuFhuosVMkF9lmGleXvbhGrpiqI8jBwqeRc